La Saint – Valentin

Chaque 14 février, le monde se pare de rouge et de rose. Si pour beaucoup, la Saint-Valentin n’est qu’une « invention commerciale », la réalité historique est bien plus fascinante et complexe. Des rituels sanglants de la Rome antique aux vers de la poésie médiévale, plongée dans les coulisses d’une fête qui a traversé les millénaires.

L’ombre des Lupercales : Un héritage teinté de sang

Avant d’être la fête des bouquets de roses, le mi-février était, dans la Rome antique, une période de purification radicale. Du 13 au 15 février, les Romains célébraient les Lupercales. Ce rite, dédié à Faunus Lupercus (dieu de la fertilité) et à la louve ayant allaité Romulus et Rémus, n’avait rien de romantique.

Les « Luperques », de jeunes aristocrates, sacrifiaient des boucs et des chiens avant de courir les rues de Rome, vêtus de peaux de bêtes. Ils frappaient les femmes avec des lanières de cuir (les februa, qui ont donné le nom « février ») pour leur garantir fertilité et accouchement sans douleur. Ce n’est qu’en 496 de notre ère que le Pape Gélase Ier, soucieux d’éradiquer ces pratiques païennes jugées barbares, interdit la fête et choisit de lui substituer une célébration plus chrétienne : la Saint-Valentin.

Référence : Pour explorer les détails de ces rites antiques, consultez les archives du Musée du Louvre sur la religion romaine.

Qui était vraiment Valentin ?L’énigme des trois martyrs

L’Église catholique reconnaît au moins trois saints différents nommés Valentin, tous martyrs. Cette multiplicité a longtemps entretenu le flou.

  1. Valentin de Rome : Un prêtre qui aurait défié l’empereur Claude II le Cruel. Ce dernier avait interdit les mariages pour s’assurer que ses soldats ne soient pas distraits par leurs attaches familiales. Valentin aurait continué à marier les amoureux en secret.
  2. Valentin de Terni : Un évêque célèbre pour ses guérisons miracles, décapité lui aussi pour sa foi.
  3. Le Valentin d’Afrique : Un martyr dont on sait très peu de choses, sinon qu’il a péri avec ses compagnons.

La légende la plus tenace, celle du billet signé « Ton Valentin » envoyé à la fille aveugle d’un geôlier est cependant considérée par les historiens comme une invention romantique tardive du XIXe siècle.

Le tournant du XIVe siècle : Quand la poésie invente l’amour

Si Valentin est fêté le 14 février dès le haut Moyen Âge, rien ne prouve qu’il était le « patron des amoureux » à cette époque. Le véritable basculement se produit en Angleterre, sous la plume de Geoffrey Chaucer.

En 1382, dans son poème Le Parlement des oiseaux, Chaucer écrit que les oiseaux se rassemblent à la Saint-Valentin pour choisir leur partenaire. C’est la naissance de l’amour courtois. Rapidement, la noblesse européenne adopte cette coutume : on s’envoie des « valentins » (petits poèmes) et on organise des « cours d’amour ».

Référence : Vous pouvez consulter le manuscrit numérisé de Chaucer sur le site de la British Library.

De la plume à l’industrie L’essor du XIXe siècle

Pendant des siècles, la Saint-Valentin reste une tradition manuscrite et artisanale. Tout change avec la révolution industrielle. Au milieu du XIXe siècle, l’Américaine Esther Howland commence à produire des cartes de vœux à grande échelle, ornées de dentelle de papier et de chromos. C’est le début de la « Saint-Valentin commerciale ».

Aujourd’hui, on estime que près d’un milliard de cartes sont échangées chaque année, plaçant cette fête juste derrière Noël en termes de volume postal. En France, selon une étude de la Fédération Française des Fleuristes, le 14 février représente un chiffre d’affaires colossal, montrant que malgré les critiques sur le consumérisme, l’attachement au symbole reste intact.

Conclusion : Une fête en constante mutation

Des coups de lanières de cuir des Lupercales aux messages envoyés sur WhatsApp, la Saint-Valentin n’a cessé de se réinventer. Elle est passée d’un rite de fertilité collectif à une célébration religieuse, puis à un idéal poétique, pour finir comme un rendez-vous économique majeur.

Qu’on la célèbre avec faste ou qu’on la snobe avec ironie, elle demeure un baromètre fascinant de notre rapport à l’amour et à la tradition.

La Saint-Valentin est loin d’être la même partout. Si en France on reste sur le classique « dîner-fleurs-chocolats », certains pays ont développé des traditions surprenantes, voire radicalement différentes.


Voici un tour du monde des célébrations les plus marquantes :

Japon : Les femmes offrent, les hommes attendent

Au Japon, la tradition est inversée et très codifiée. Le 14 février, ce sont exclusivement les femmes qui offrent des chocolats.

  • Giri-choko : Les « chocolats d’obligation » pour les collègues et supérieurs.
  • Honmei-choko : Les « chocolats du cœur », souvent faits maison, pour l’élu.
  • Le « White Day » (14 mars) : Un mois plus tard, les hommes doivent rendre la pareille en offrant un cadeau (souvent blanc) d’une valeur trois fois supérieure !

Corée du Sud : Le « Black Day » pour les célibataires

Les Sud-Coréens suivent la même logique que les Japonais (février et mars), mais ils ont ajouté une étape pour les oubliés de l’amour :

  • Le 14 avril (Black Day) : Les célibataires qui n’ont rien reçu les mois précédents se réunissent au restaurant pour manger des Jajangmyeon (nouilles nappées d’une sauce aux haricots noirs). Une façon solidaire et gourmande de célébrer le célibat.

Danemark : Des devinettes et des fleurs blanches

Ici, pas de roses rouges, mais des « gouttes de neige » (perce-neige).

  • Gaekkebrev : Les hommes envoient des lettres de plaisanterie anonymes. Le poème est signé par des petits points (un point par lettre du prénom). Si la destinataire devine qui est l’expéditeur, elle gagne un œuf de Pâques plus tard dans l’année. Sinon, c’est elle qui en doit un !

Pays de Galles : Les cuillères en bois

Les Gallois ne fêtent pas Valentin, mais Sainte Dwynwen (le 25 janvier).

  • Lovespoons : Traditionnellement, les hommes sculptaient des cuillères en bois magnifiquement décorées pour les offrir à leur bien-aimée. Chaque motif avait un sens : une ancre pour la fidélité, une clé pour le cœur de l’homme. C’est aujourd’hui un cadeau artisanal très prisé.

Taïwan : Le langage des roses

À Taïwan, c’est le nombre de roses qui compte par-dessus tout, et on ne plaisante pas avec le message :

  • 1 rose : « Mon seul amour ».
  • 99 roses : « L’amour pour toujours ».
  • 108 roses : « Veux-tu m’épouser ? » (la demande en mariage est très courante ce jour-là).

Philippines : Les mariages massifs

Chaque année, le 14 février, des milliers de couples philippins se marient simultanément. Ces mariages collectifs sont souvent parrainés par le gouvernement pour aider les couples les plus pauvres à officialiser leur union gratuitement. On peut voir des centres commerciaux ou des stades remplis de centaines de mariés en blanc.

Colombie et Salvador : L’ami secret

En Amérique Latine, on parle souvent de « Día del Amor y la Amistad » (Jour de l’amour et de l’amitié).

  • Amigo Secreto : Comme pour un « Secret Santa » de Noël, les amis ou collègues tirent un nom au sort et s’offrent de petits cadeaux anonymes tout au long de la journée avant de révéler leur identité.

Etats-Unis

Aux États-Unis, la Saint-Valentin est une véritable institution, mais elle se distingue par un aspect très inclusif : ce n’est pas seulement la fête des amoureux, c’est la fête de l’affection au sens large.

La tradition dès l’école primaire

C’est sans doute l’aspect le plus unique. Aux USA, la Saint-Valentin commence dès la maternelle.

  • Les « Valentine’s Cards » : Les enfants préparent ou achètent des boîtes de petites cartes thématiques (souvent à l’effigie de super-héros ou de dessins animés).
  • La règle d’or : Pour éviter d’isoler qui que ce soit, les élèves doivent en offrir une à chaque membre de la classe. On fabrique souvent une petite boîte aux lettres personnalisée pour recevoir ses cartes et des bonbons (comme les célèbres cœurs en sucre Conversation Hearts avec des messages type « Kiss Me » ou « Be Mine »).

Le « Galentine’s Day » (Le 13 février)

Popularisée par la série culte Parks and Recreation, cette fête est devenue un véritable phénomène culturel aux USA.

  • Le concept : Célébrer l’amitié féminine la veille de la Saint-Valentin.
  • C’est l’occasion pour les amies de se réunir autour d’un brunch ou d’une soirée pour se dire à quel point elles comptent les unes pour les autres, indépendamment de leur situation amoureuse.

Un poids économique colossal

Les Américains ne font pas les choses à moitié. Selon la National Retail Federation (NRF), les dépenses totales pour la Saint-Valentin aux USA dépassent souvent les 25 milliards de dollars.

  • Pas seulement pour les humains : Une tendance forte aux USA est d’acheter un cadeau pour son animal de compagnie. Des millions de propriétaires achètent des friandises ou des jouets spéciaux pour leur chien ou leur chat ce jour-là.

Le dîner au restaurant (La « Date Night »)

Contrairement à la France où le dîner est très intimiste, aux USA, l’ambiance est plus festive et « grand spectacle ». Les restaurants affichent complet des mois à l’avance et proposent des menus spéciaux souvent très onéreux. C’est aussi la période de l’année où l’on enregistre le plus grand nombre de demandes en mariage.

Russie

En Russie, la situation de la Saint-Valentin est particulièrement intéressante car elle est au cœur d’un véritable « choc des cultures » entre traditions occidentales et valeurs nationales.

Une fête populaire mais « non officielle »

Depuis la chute de l’Union soviétique dans les années 90, la Saint-Valentin est devenue très populaire, surtout chez les jeunes citadins. On y retrouve les classiques : fleurs (les prix des roses explosent à Moscou ce jour-là !), chocolats et restaurants complets.

Le 8 juillet : La « vraie » Saint-Valentin russe

Pour contrer l’influence occidentale, le gouvernement et l’Église orthodoxe promeuvent activement une alternative nationale depuis 2008 : Le Jour de la Famille, de l’Amour et de la Fidélité.

  • Date : Le 8 juillet.
  • Saints patrons : Pierre et Févronia de Mourom (un couple princier du XIIIe siècle, symbole du mariage chrétien idéal).
  • Symbole : La marguerite (symbole de pureté et de fidélité), que l’on offre à cette occasion.
  • Esprit : Contrairement au 14 février qui est axé sur la passion romantique, le 8 juillet met l’accent sur le foyer, les enfants et la stabilité du couple.

Une hostilité croissante de la part des autorités

En 2026, la Saint-Valentin fait l’objet de vifs débats politiques en Russie :

  • Les critiques : Certains responsables politiques et religieux la qualifient de « maladie vénérienne spirituelle » ou de produit marketing étranger incompatible avec les valeurs russes.
  • Les interdictions locales : Dans certaines régions (comme celle de Belgorod), les célébrations dans les écoles et les bâtiments publics ont parfois été découragées ou interdites au nom de la « sécurité spirituelle ».
  • La réalité du terrain : Malgré ces pressions, une grande partie de la population continue de s’échanger des cadeaux le 14 février, voyant simplement cela comme une occasion de faire la fête.

Pour aller plus loin :

  • Hérodote.net : Le dictionnaire d’histoire en ligne pour approfondir la vie des Saints.
  • Archives Nationales : Pour découvrir l’évolution des mœurs et des correspondances amoureuses en France.

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